
Les habitants du 35 bis, rue Dunois, dans le 13e arrondissement de Paris, ont été expulsés, jeudi 20 avril. De 8 h à 18 h, une quarantaine de policiers casqués, matraque à la main, ont été déployés pour protéger les intérêts privés d’un propriétaire véreux. La police prétendait agir sur ordre de la mairie (PS), celle-ci explique aujourd’hui ne pas avoir été prévenue de l’expulsion...
Cet immeuble récent et sain est un bel exemple de spéculation immobilière : aucun entretien ne fut effectué par les propriétaires successifs, l’un d’eux ayant même réussi à obtenir qu’EDF coupe l’électricité pour faire fuir les habitants !
Un comité de soutien existe depuis plusieurs mois pour obtenir un relogement des locataires actuels. L’association ESH-Abbé Pierre a proposé de payer les travaux pour le rétablissement de l’électricité : cette proposition n’a reçu aucun soutien, ni de la mairie, ni d’EDF.
Aujourd’hui, les habitants, dont plusieurs familles avec enfants, sont toujours à la rue : seule une partie s’est vue proposer des relogements, de courte durée, et souvent très éloignés. Environ 25 personnes, dont une dizaine d’enfants, campent dans le square en face de l’immeuble (muré et gardé par des vigiles), afin d’obtenir un relogement. D’autres sont éparpillées dans des hébergements précaires. Plusieurs habitants sans papiers ont aussi été arrêtés (puis relâchés). Samedi 22 avril, une première manifestation d’une centaine de personnes a eu lieu en direction la mairie pour réclamer un relogement décent et pérenne pour l’ensemble des habitants.
« Si certains n’aiment pas la France qu’ils ne se gênent pas pour la quitter. » Quand Sarkozy veut imiter de Villiers, qui lui-même veut imiter Le Pen, cela fait froid dans le dos. On se souvient encore du slogan du marquis vendéen : « La France, tu l’aimes ou tu la quittes. » À la veille de la campagne présidentielle, le poison raciste et sécuritaire resurgit.
Dans cette course à l’infamie, c’est aujourd’hui de Villiers qui obtient la palme, avec la sortie d’un livre qui se veut être un scoop, en prétendant révéler la présence de « terroristes islamistes » à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Sur la base de fiches de police qu’il dit détenir, mais sans apporter aucune preuve, le chef du Mouvement pour la France a découvert des dizaines de mosquées clandestines dans les sous-sols de l’aéroport. Mais il va plus loin dans son délire en dénonçant la présence, parmi le personnel, de dizaines de salariés musulmans qui seraient tous suspectés de « terrorisme ».
Sans l’ombre d’un scrupule, de Villiers se permet d’accuser tous les travailleurs immigrés de Roissy d’être des terroristes en puissance. De là à accuser tous les musulmans, il n’y a qu’un pas que notre chouan vient de franchir sur Europe 1 : « Je pense qu’il y a des musulmans modérés, c’est même l’immense majorité, mais je ne crois pas qu’il y ait un islam modéré. Je crois que l’islam n’est pas compatible avec la République. » En tout cas, de Villiers, Le Pen et le fascisme sont, eux, très compatibles.
Enfin, la relation directe entre le projet Ceseda sur l’immigration et l’ensemble des mesures libérales de généralisation de la précarité s’impose comme une évidence. Au-delà du contrat première embauche (CPE), du contrat nouvelles embauches (CNE) et de la loi sur l’égalité des chances, la coordination nationale unitaire, réunie à Lyon le 9 avril, dénonce tous « les projets allant dans le sens d’une accentuation de la précarité et, notamment, le projet de loi Ceseda qui considère les immigrés comme des êtres humains jetables ». Le grand succès du concert du 2 avril contre le Ceseda, qui a réuni sur la place de la République plusieurs dizaines de milliers de personnes, s’explique en partie par le contexte de mobilisation exceptionnelle de la jeunesse et des salariés contre le gouvernement. Le rapport est vite établi entre le travail jetable et l’immigration jetable.
Dans le mouvement syndical, cette prise de conscience atteint même des secteurs peu habitués à un engagement sur le terrain de l’immigration. Ainsi, la confédération FO dénonce « la logique de précarisation qui prédomine dans ce projet », lequel « aboutit à considérer les travailleurs migrants comme une marchandise ». La CFDT et l’Unsa ont également signé un communiqué commun avec la CGT dénonçant le projet Ceseda. Fait significatif : le PS, jusqu’ici très hésitant, a finalement annoncé, début avril, qu’il rejoignait le collectif Uni-e-s contre une immigration jetable, comme l’avaient fait avant lui quelques fédérations et le MJS. De là à mobiliser pour de bon et à remettre explicitement en cause toute logique de « quotas »...
La peur d’un lien noué entre la jeunesse en lutte et les immigrés a conduit le gouvernement à évacuer sans ménagement l’ancien local du Service social d’aide aux étrangers (SSAE) occupé par des collectifs de sans-papiers dans le 13e arrondissement de Paris. La police a opéré en plein milieu des vacances scolaires de la région parisienne et en a profité pour rafler plusieurs dizaines de sans-papiers.
Le projet Ceseda est porté par tout le gouvernement, mais Sarkozy veut sa victoire et prétend démontrer que sa méthode est la bonne. À nous de le démentir. Son projet de loi doit se heurter à une mobilisation à la hauteur de l’enjeu et de l’éveil des consciences produit par les mobilisations contre la précarité. Pas une signature ne doit manquer à la pétition du collectif1. Chaque ville doit avoir son collectif unitaire local. Le 29 avril, les manifestations à Paris et dans quelques villes de province doivent être une réussite. Les défilés du 1er Mai doivent faire résonner partout le rejet de cette entreprise de précarisation de la société qui veut son immigration jetable.
1. À signer en ligne : http://www.contreimmigrationjetable.org
Pour le Front national, le contrat première embauche (CPE) était une « mesure de détail » qui ne « mérite ni le torrent de critique dont il est l’objet de la part de l’opposition de gauche, ni l’excès de félicitations qu’il suscite dans la majorité ». Les vrais problèmes étant, sans surprise, l’immigration et la mondialisation. Cette position officielle du parti d’extrême droite était initialement pondérée par l’appréciation de Jean-Marie Le Pen : « Reconnaissons à cette mesure le mérite de l’innovation, essayons ! »
À y regarder de plus près, le CPE n’était pas l’essentiel : il fallait se positionner contre les blocages dans les universités - les opérations coup-de-poing conduites par le FNJ, les 14 et 16 mars, en témoignent -, surfer sur les mécontentements marginaux provoqués par les actions du mouvement anti-CPE, critiquer le manque de fermeté du ministre de l’Intérieur lors des manifestations, dénoncer les reculs de Chirac et de la droite gouvernementale sur cet article de la loi sur l’égalité des chances et tirer à boulets rouges sur « les grèves politiques illégales ».
Sur le CPE proprement dit, Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France (MPF), déclare le 1er février sur Canal+ : « Il vaut mieux un emploi précaire que pas d’emploi du tout. » Les déclarations et communiqués du MPF ciblent les débordements liés aux manifestations anti-CPE, le blocage des universités, la mollesse de Nicolas Sarkozy (aucune attaque sur Villepin) et rendent « hommage aux nombreux policiers et gendarmes blessés depuis le début des violences ».
Après le retrait du CPE, la crise s’est approfondie au sein de la droite gouvernementale. Cette crise éclaire la proposition de Jean-Marie Le Pen d’une « coalition à la droite de la droite » pour les législatives de 2007. Pour le FN comme pour le MPF, il s’agit de « garder la main » pour capter la frange la plus réactionnaire de l’électorat de droite et, ainsi, à un an de l’élection présidentielle, de gagner l’hégémonie à la droite de la droite.
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